On entend souvent parler d’une technique particulière de lutte contre le moustique tigre : la TIS. La technique de l’insecte stérile (TIS) consiste à relâcher en masse des moustiques mâles rendus stériles dans une population ciblée. Les femelles de la population présentes dans la nature s’accouplant avec ces mâles stériles engendreront une descendance non viable.
Pour cela, de grandes quantités de moustiques mâles sont élevées en laboratoire, puis rendus stériles grâce à des rayonnements, souvent des rayons X ou gamma. Une fois stérilisés, ces mâles sont relâchés dans la nature. Il est important de préciser que seuls les mâles sont relâchés, car les mâles ne piquent pas l’être humain et ne transmettent donc pas de pathogènes. Ils s’accouplent alors avec les femelles sauvages, mais les œufs produits sont stériles et ne peuvent pas éclore. Comme les femelles moustiques ne s’accouplent généralement qu’une seule fois au cours de leur vie, l’accouplement avec un mâle stérile empêche toute descendance.
L’objectif principal de la TIS est de réduire fortement les populations de moustiques tigres afin de réduire les nuisances et de limiter le risque de transmission de virus qu’ils véhiculent, comme celui de la dengue, le chikungunya ou le Zika.
Cette méthode présente plusieurs avantages : elle est ciblée, respectueuse de l’environnement, sans impact sur les insectes non nuisibles et limite le recours aux insecticides ainsi que les phénomènes de résistance. De plus, les mâles relâchés étant non piqueurs, ils ne représentent pas de risque direct pour l’être humain.
Cependant, plusieurs limites ont été soulignées dans un rapport publié en septembre 2025 par l’Anses. La TIS est surtout efficace lorsque les populations de moustiques sont déjà faibles et doit être combinée à d’autres mesures de lutte dont la suppression des gîtes larvaires. Les techniques de sexage ne garantissent pas une séparation parfaite des sexes, ce qui peut entraîner le relâchement accidentel de femelles, celles-ci pouvant alors participer aux nuisances et à la transmission de pathogènes. Par ailleurs, la stérilisation des mâles n’est pas totalement efficace ni toujours définitive. Le principal effet démontré concerne la diminution du taux d’éclosion des œufs, sans preuve formelle d’une réduction des densités ni de la transmission vectorielle. Enfin, le déploiement de cette méthode reste coûteux, avec un coût estimé en France métropolitaine à environ 1 000 € par hectare traité.
En France, La TIS est passée du stade expérimental aux expérimentations de terrain dans plusieurs villes mais n’est pas encore un moyen de lutte généralisé. Elle reste inefficace dans les situations d’urgence, où il faut éliminer rapidement les femelles piqueuses, potentiellement vectrices de virus. La diminution du taux d’éclosion des œufs de moustique tigre par la TIS, si elle devait entraîner une réduction des populations d’adultes, ne se manifesterai qu’au fil des générations, soit après plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
En conclusion, cette méthode nécessite de relâcher une quantité de mâles nettement supérieure à la quantité de mâles sauvages présente dans le milieu (jusqu’à 10 fois supérieure) et une répétition de l’opération de manière régulière afin de diminuer le taux d’éclosion des œufs du moustique tigre, pour un coût non négligeable. Il est indispensable de coupler cette technique à une réduction du nombre des gîtes larvaires, initiée par des campagnes de sensibilisation. En effet, sans actions coordonnées sur un large territoire, la réintroduction de moustiques tigres est toujours possible ce qui entrainera une nouvelle explosion des populations de cette espèce.









